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Homélie du Dimanche 28 janvier 2024/ 4ème Dim Ord. B (Dt 18, 15-20 ; Ps 94 ; 1Co 7, 32-35 ; Mc 1, 21-28)

Filles et fils  bien aimés de Dieu,

Dimanche dernier, troisième dimanche du temps ordinaire, nous avons célébré et honoré la Parole de Dieu. Aujourd’hui, les textes de la liturgie focalisent notre attention sur la figure du prophète.

La première lecture, en effet, fait référence à une promesse du Dieu d’Israël, celle de susciter un prophète au milieu de son peuple. Dans la deuxième lecture, st Paul, parlant du célibat, le présente comme un avantage pour le prophète qu’est, par nature, tout serviteur de Dieu. L’Evangile, quant à lui, décrit un type particulier de prophétisme incarné par Jésus, le prophète des prophètes.

Vous l’avez compris, c’est autour de la figure du prophète que tournera notre méditation de ce matin. Elle ne considérera pas l’ensemble des trois textes du jour mais sera essentiellement focalisée sur la première lecture.

«  Au milieu de vous, parmi vos frères, dit Moise au peuple d’Israël, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi et vous l’écouterez. » En lisant cette phrase, celle qui commence la lecture vétérotestamentaire de ce dimanche, une histoire que j’ai entendue, je ne sais plus exactement où, m’est revenue à la mémoire.

Il s’agit de l’histoire d’un mendiant qui, pendant 30 ans, assis sur une caisse dans une certaine rue, mendiait son pain quotidien du lever au coucher du soleil. Un jour, comme à ses habitudes, il demanda l’aumône à un passant qui lui opposa une ferme fin de non-recevoir et continua son chemin. Il revint cependant sur ses pas et demanda au mendiant :

  • Qu’y a-t-il dans la caisse sur laquelle tu es assis ?
  • Rien… Enfin, je crois qu’il n’y a rien dedans, répondit le mendiant. Il y a longtemps que je l’ai ramassée dans un entrepôt et depuis trente ans, elle me sert de siège.
  • Ouvre-la, lui dit son interlocuteur.

Une caisse verrouillée, jamais ouverte depuis plus de trente ans pour y voir quoi ? Le mendiant s’exécuta tout de même et avec beaucoup de peine, il réussit à forcer la caisse. A sa grande surprise, elle était remplie de lingots d’or. Pendant 30 ans, il s’est assis sur de l’or pour mendier à longueur de journée.

Et si nos milieux de vie, le séminaire, nos familles, nos communautés, nos lieux de travail étaient cette caisse du mendiant et que les hommes et femmes que nous y côtoyons étaient ces lingots d’or enfermés dans la caisse?

«  Au milieu de vous, parmi vos frères, dit Moise au peuple d’Israël, le Seigneur votre Dieu fera se lever un prophète comme moi et vous l’écouterez. »

Avons-nous conscience que le voisin peut être le prophète que le Seigneur a suscité au milieu de nous ?

Ce que je dis-là n’a rien de nouveau ni d’original. C’est même un lieu commun mais en vivons-nous? La première lecture de ce jour nous rappelle que nous pouvons passer notre vie à côté de grandes richesses et pourtant vivre dans une pauvreté qui nous fera mendier et ce, qui sait, jusqu’à la fin de nos jours.

Sur la finale du texte que nous sommes à méditer, nous lisons «  Si quelqu’un n’écoute pas  les paroles que ce prophète prononcera en mon nom, moi-même je lui en demanderai compte ». Bien que le verbe ‘’demander’’ soit ici employé au futur, il ne faut pas croire que c’est dans un futur lointain que Dieu demandera des comptes. Il ne faut pas non plus croire qu’il s’agira d’un jugement ou de ses suites. C’est dans le futur immédiat de nos instants présents que nous payons nos fermetures à la voix de ces nombreux prophètes que le Seigneur suscite en permanence au milieu de nous.

Souvenons-nous ici de la page des Evangiles qui rapporte un enseignement de Jésus dans la synagogue de Nazareth où il avait grandi. Au milieu de ses frères, il lui avait été si difficile de se faire entendre qu’il avait conclu : «  un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, dans sa maison. » Et les Evangiles de conclure : là, il ne fit pas beaucoup de miracles, parce qu’ils ne croyaient pas. » (Cf. Mt 13, 53-58) La conséquence de la fermeture à la voix de Jésus le prophète a été presque automatique : à cet endroit-là, il ne fit pas beaucoup de miracles.

Ce qui est ainsi affirmé, se comprendra sans doute mieux si nous essayons de l’adapter à nos différents milieux de vie. Dans le contexte de formation qui est le nôtre par exemple, un formateur sera plus disposé à donner le meilleur au sujet en formation qui se montre réceptif. Envers celui qui ne se montre pas réceptif, il sera, parallèlement moins disposé à agir ainsi, faisant peu de miracles à cet endroit-là, c’est-à-dire en la personne du sujet non ou peu réceptif.

Parfois, vous pouvez avoir l’impression qu’un formateur ne vous aime pas. Vous lui avez peut-être fait une demande à laquelle il s’est opposé alors qu’il a accédé à la même demande venant d’un de vos camarades. Avant de conclure, il ne m’aime pas ou il est injuste, demandez-vous quel degré de réceptivité vous manifestez à la formation qu’il s’efforce de vous donner.

La chose vaut également à l’intérieur de nos familles. Pourquoi papa ou maman accède facilement aux demandes de tel frère ou de telle sœur précisément et se montre souvent fermé à mes demandes à moi ? Avant de conclure ‘’papa ou maman ne m’aime pas’’ ou avant de chercher d’autres raisons, demandons-nous quel est notre degré de réceptivité face à l’éducation donnée par papa ou par maman.

‘’Mon mari ne m’aime pas ou ma femme ne m’aime pas’’ ; avant d’arriver à une telle conclusion ou de chercher d’autres raisons, demandons-nous d’abord quel est notre degré de réceptivité face à l’amour qu’il (elle) nous a, sans doute manifesté par le passé.

En restant dans la logique des prémisses tirées de la première lecture de ce jour, à savoir que chacun est un prophète pour l’autre, un prophète qu’il doit considérer comme tel et écouter, il serait superflu de préciser que les exemples donnés plus haut ne sont pas unidirectionnels : ce qui vaut dans la relation du formateur au formé ou du parent à l’enfant, vaut également dans la relation du formé au formateur ou de l’enfant au parent.

Rien de ceci ne doit cependant être arbitraire car comme nous l’enseigne la première lecture que nous sommes à méditer : «  Un prophète qui oserait dire en mon nom une parole que je ne lui aurais pas prescrite, ce prophète-là mourra. » Si nous sommes tous des prophètes suscités par Dieu au milieu de nos frères, nous n’avons pas le droit de dire n’importe quoi au risque de nous condamner nous-mêmes. Si ce que nous disons n’est pas conforme à ce que Dieu veut, alors taisons-nous.

Père Samson AMOUSSOU

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