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RECOLLECTION DU TEMPS DE L’AVENT

Prédicateur : Père Jean-Marie ADOHOU

Thème : Se laisser façonner par Dieu

Introduction

Révérend Père Recteur de ce grand séminaire Saint-Gall, merci pour votre invitation

Chers frères formateurs

Chers amis séminaristes.

C’est pour moi une joie de me retrouver dans ce grand séminaire qui m’a formé et dont je suis sorti il y a 37 ans et quelques mois : Le temps va vite et les structures demeurent.

L’Église notre mère, dans sa sagesse organisatrice, nous fait vivre chaque année les grands moments de notre salut : c’est l’année liturgique. Elle en a constitué trois : Année A, B et C. Les professeurs de Liturgie nous l’ont enseigné et continuent de l’enseigner jusqu’à nos jours. Chaque année nous faut vire les grands moments de l’histoire de notre salut : les temps de l’Avent, de Noël, de carême, de Pâques, le temps ordinaire, et la dernière semaine (celle dans laquelle nous sommes) nous projette sur les fins dernières de l’homme ; où tout nous porte au dernier jugement. Dimanche prochain sera le premier jour et le premier dimanche de l’année liturgique B.

Ma présence au milieu de vous est pour nous préparer à ce temps de l’Avent, préparation spirituelle pour aborder cette année liturgique nouvelle.

Le thème que je choisis est tiré du livre d’Isaïe « Nous sommes l’argile, c’est Toi qui nous façonnes » (Is 64,7), il s’intitule “Se laisser façonner par Dieu“.

C’est parce qu’on sent l’appel du Christ Sauveur qu’on vient dans cette maison pour s’y préparer ; le Christ, l’envoyé du Père, Sauveur de l’humanité veut nous associer de près à sa mission dans le sacerdoce ministériel. Nous devons nous laisser façonner par Dieu en vue de cette mission. C’est tout un cycle de vie qui se déroule en chacun.

Notre méditation se déroulera en deux étapes essentielles :

          L’appel de Dieu et les atouts pour s’y préparer ; et

          Les dispositions utiles en vue de nous laisser façonner par Dieu.

Que l’Esprit Saint affermisse nos pas et que la Vierge Marie nous couvre de son manteau maternel.

 

1er Entretien : L’appel de Dieu et les atouts pour s’y préparer 

Comme nous l’avons annoncé hier soir, ce premier échange se portera sur “l’appel de Dieu et les atouts pour s’y préparer”.

Nous sommes présents dans cette maison de formation des futurs prêtres parce que nous flairons un appel de Dieu à ce ministère spécial du Christ pasteur. Cet appel ne nous sera clairement défini que lorsque notre évêque, au nom de l’Église, va nous le signifier par son appel.

 

A-    C’est Dieu qui appelle à cause de sa miséricorde pour le monde déchu et qui envoie en mission : “J’ai vu la misère de mon peuple ” (Ex 3,7) “Maintenant donc, va ! Je t’envoie ” (Ex 3,10).

Ce constat de Dieu, mobile de l’appel de Moïse et de l’envoi de son propre Fils Jésus à l’humanité, est encore d’actualité.

 1-      Quelles sont, en fait, les misères de notre monde aujourd’hui ?

Le monde est en proie à la violence et au pouvoir du matériel sur l’homme, la vie n’est plus respectée du tout.

          C’est l’argent qui devient le maître du monde. On le cherche à tout prix, le vol sous toutes ses formes, les “gay-men” (méthode actuelle de plusieurs jeunes qui veulent s’enrichir sans beaucoup d’efforts), les commerces de sexes, les fraudes, les pactes de sang, les sacrifices humains etc…

          La morale est bafouée. La justice sociale fait cruellement défaut, le manque d’attention aux pauvres et aux démunis. La vérité devient un vain mot et c’est la fin qui justifie les moyens…la morale en déconfiture.

          La foi est bafouée et gangrénée par le syncrétisme ambiant, la prolifération des sectes… la franc-maçonnerie qui embrasent les hauts cadres…, l’homosexualité qui étend ses ravages jusqu’à nous, la sorcellerie qui fait rage même au niveau des jeunes et des enfants et qui installe le règne de la peur et de la jalousie.

          En un mot la culture du faux s’installe et veut régner à tous les niveaux.

Délivre-nous du mal Seigneur !

C’est au cœur de ce monde que résonne l’appel de Dieu aujourd’hui comme autrefois à Isaïe : “Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ?” (Is 6,8)

2-      Le Christ, l’Envoyé du Père par excellence.

“Me voici, je viens faire ta volonté ” (He 10,7)

Nous contemplons en Lui l’humilité de Dieu fait homme pour réorienter l’homme déchu vers Dieu, sa fin première. En Jésus, nous contemplons la réalisation parfaite de l’homme. Le Christ a été patient dans son œuvre, il a choisi des disciples qu’il a patiemment formés pour la poursuite de son œuvre salvifique pour l’homme.

« Dieu est amour » (1Jn 4,8). Le Christ nous l’a démontré par le don de sa propre vie pour l’humanité déchue : “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime” (Jn 15,13). C’est ce Jésus qui veut nous appeler aujourd’hui pour prolonger sa mission rédemptrice dans notre monde. C’est la raison de notre présence au séminaire comme candidat à ce sacerdoce du Christ. Il nous faut affiner des atouts qui nous préparent à réussir une telle mission. Nous devons développer des aptitudes qui pussent nous aider à être l’argile docile dans les mains du divin Potier.

 B-    Les atouts pour nous disposer à la mission du Christ.

Il s’agit essentiellement de notre union au Christ dans notre vie spirituelle et notre formation en divers domaines pour acquérir des aptitudes utiles à la mission.

1-      L’écoute du Maître et la communication avec Lui.

C’est ici le temps propice pour lire la Parole de Dieu et nous laisser interpeller par elle. La lecture soutenue et assidue de la Bible est d’une importance capitale dans notre vie de futur prêtre et de prêtre. Les méditations et les lectures des commentaires nous forment à l’intégration de la Parole de Dieu dans notre vie.

2-      La prière est indispensable, elle nous met en communication avec Dieu pour recevoir les forces spirituelles et faire des échanges fructueux avec Dieu.

Beaucoup d’activités nous y exercent : les offices, les récollections, les retraites et à leur sommet les célébrations eucharistiques.

3-      Les formations nous sont très utiles, car elles nous entrainent à avoir des aptitudes humaines pour faire face à la mission qui présentera des phases nouvelles qui peuvent être différentes du passé.

Dans la formation, rien n’est à négliger : du travail manuel, des tâches d’équipe ou de responsabilité jusqu’aux études ; tout est à prendre au sérieux, il est intelligent d’avoir plusieurs flèches dans son carquois. Qui peut deviner le gibier qu’il aura à affronter dans cette forêt du monde ?

Les études éveillent en nous les dons de Dieu et nous enrichissent des expériences des autres. Rien n’est à négliger, des études profanes jusqu’aux théologiques. En tout, nous avons le devoir d’actualiser les connaissances acquises par des échanges fructueux entre nous pour maitriser le présent et préparer l’avenir : on n’est pas intelligent seul.

Pour finir, je vous l’illustre par ce petit récit :

Un jour, un roi appelle deux de ses sujets pour leur confier une tache. Il leur donna à chacun une calebasse fermée et bien enveloppée et leur dit : que chacun conserve bien sa calebasse et je les réclamerai un jour.

Le premier alla cacher sa calebasse dans une mâle pour la maintenir intacte jusqu’au jour où le roi la lui réclamera.

Le second arrivé à la maison alla voir les anciens et les jeunes pour leur faire part de la mission à lui confiée par le roi. D’échange en échange ils arrivent à cette conclusion : “nous devons ouvrir la calebasse pour connaitre le contenu afin de mieux la conserver”. En ouvrant ils y trouvent deux oiseaux, un mal et une femelle. La décision tout de suite était de fabriquer une cage et de mettre les oiseaux à l’intérieur, les nourrir et les abreuver puisqu’on ne connaît pas le délai du rappel du roi.

Deux ans plus tard, le roi appelle les deux sujets et réclame ce qu’il a confié à chacun.

Le premier amène la calebasse bien attachée et propre telle que le roi la lui a remise. Le roi ordonne d’ouvrir la calebasse, ce qui fut fait et on y a trouvé deux oiseaux morts et en déconfiture totale.

Le deuxième s’avance avec une cage remplie d’oiseaux et la calebasse vide et dit au roi : “Sa majesté m’a confié une calebasse contenant deux oiseaux, je l’ai élevé en cage et ils sont devenus nombreux, je vous les ramène”.

Le roi de dire au second : “Tu as été intelligent et tu as fait multiplier ce que je t’ai confié, sois récompensé pour ton savoir-faire. Et au premier, le roi déclare : “Tu as détruit mon bien, tu seras châtié pour ton acte.”

La conclusion est ceci “Un nyɔ nwi hun mɛ bi ɔ, xɛ tɔn ɔ, ka mɛ nɔ ku jɛ” (A celui qui fait le plus intelligent que tout le monde, ses oiseaux meurent dans la calebasse.)

Nul n’est intelligent seul, il faut toujours considérer l’apport des autres et savoir que Dieu est aussi en œuvre en eux et que nous avons intérêt à bénéficier des actions de la grâce divine en eux. Aussi nous avons à cultiver en nous certaines dispositions utiles qui nous rendent malléables dans les mains de Dieu le grand Potier.

“Je te rends grâce Seigneur, de m’avoir fait à ton image, pour cette grande bonté je te donne ma vie”.

 

2ème Entretien : Les dispositions utiles en vue de nous laisser “façonner” par Dieu le Grand Potier.

A-    Vivre la transcendance et la reconnaissance.

1-      Eviter la duplicité

Il ne s’agit pas pour nous de paraître, mais plutôt d’être. Il faut être ouvert et franc, se montrer tel qu’on est réellement pour qu’on puisse nous connaître et nous aider. Ce n’est pas la peine de faire l’âne pour avoir le foin. A ce moment nous nous fermons à la grâce. La personne obstinée régresse à tout point de vue et finit par se faire démasquer un jour : nos séminaires n’ont pas manqué des exemples malheureux par le passé… les gri-gris dans les séminaires, les cahiers et les lettres d’amour et j’en passe.

Pour mieux profiter des grâces offertes par Dieu, la vertu d’humilité (vraie) est à pratiquer. L’humble s’ouvre aux remarques et aux observations pour améliorer sa conduite ; pour mieux écouter les autres, il convient de se taire. Nous ne sommes pas dans une maison de formation pour étaler seulement nos valeurs et les contempler, mais pour améliorer nos insuffisances et étoffer ainsi notre capital de positivité.

L’homme a souvent tendance à justifier ses maladresses, ses misères pour s’asseoir davantage dans la médiocrité. On n’accepte pas les remarques et notre chance de croître s’amenuise. Dieu passe par toutes les dispositions qui nous sont offertes pour nous enrichir de sa grâce.

Il s’agit de ne pas faire semblant d’écouter les formateurs à tous les niveaux, mais de les écouter objectivement et d’en tirer le meilleur pour sa vie, c’est ainsi qu’on se forme pour le meilleur. Un adage “fon “dit ceci “su wɛ e nɔ su vɔ, é nɔ nyɔ nui fo ǎ” c’est à dire “on peut finir de grandir physiquement, mais on s’instruit toujours.

Les “châtiments” ou les mauvais coups devraient nous aider à devenir des expérimentés de la vie si et seulement si nous les prenons positivement pour nous instruire et en tenir compte pour notre marche sur cette terre des vivants : dans une course, celui qui tombe se relève vite pour poursuivre sa course. On n’a aucun intérêt à pleurnicher tout le temps sur notre malheur alors que la course n’est pas terminée ; nous pourrons encore rattraper et même dépasser d’autres.

 2-     Être reconnaissant.

Nous devons une reconnaissance envers Dieu qui nous aime et qui nous assiste par sa providence. Nous avons l’impérieux devoir de Le remercier pour ce qu’Il nous a donné, le capital déposé dans notre personne. Beaucoup l’interpelle sur ce qu’Il aurait dû leurs donner. On réclame tout le temps sans prendre le temps de développer ce qui est déjà en nous, c’est l’une des sources de la jalousie. Cette reconnaissance devrait être aussi horizontale.

Nous devons la réussite de notre vie aux formateurs et aux personnes que la providence place sur nos chemins : nos curés, les paroissiens et toute personne de bonne volonté qui interviennent dans notre marche vers l’autel de Seigneur.

 3-     Vivre sa liberté de choix dans la quiétude.

Il s’agit de choisir réellement et personnellement le choix du sacerdoce ministériel sans contrainte aucune. Ce n’est pas pour plaire à quelqu’un de sa famille ou de son entourage qu’on vient du séminaire, ni parce qu’on manque de soutien dans sa vie. On y vient parce qu’on a le désir de se donner à Dieu dans le sacerdoce ministériel du Christ et qu’on s’y plait, c’est à-dire qu’on s’abandonne à la formation nécessaire.

Si tel est le cas, nous sommes invités à bien faire ce qu’on doit faire “Age quod agis“, le résultat est dans les mains de Dieu. Nous serons disposés à être à l’écoute de Dieu qui gère notre vie, à qui appartient le temps et les évènements. La devise de Marie doit nous motiver : “Qu’il me soit fait selon ta volonté ” (Lc 1,38).

 

B-    Se mettre à l’école de Marie, mère du bon conseil

1-     L’appel de Marie et sa réponse à Dieu.

v  Marie, l’humble femme d’un peuple d’espérance reçoit un message de l’ange Gabriel : “Tu seras Mère du Sauveur”. Marie s’étonne de ce programme divin qui vient renverser son programme initial de rester vierge pour l’honneur et le service du Dieu d’Israël. Elle n’a pas manqué d’exprimer le projet initial de son cœur : “Comment cela arriverait-il puisque je suis vierge” (Lc 1,34).

v  La réponse de l’ange exprime la puissance de Dien qui ferait les opérations car rien n’est impossible à Dieu. Il invite Marie à voir la puissance de Dieu qui s’est manifestée en sa cousine Elisabeth la stérile qui a conçu un enfant dans sa vieillesse il y a 6 mois (cf. Lc 1,36-37).

v  La réponse de foi de Marie : “Qu’il me soit fait selon ta parole” ; montre bien la flexibilité de Marie en face de Dieu. C’est une telle Mère que le Christ nous a donnée aux pieds de sa croix avant de mourir (cf. Jn 19,27). Marie qui avait provoqué le premier miracle à Cana, est encore restée au cénacle avec les apôtres jusqu’à la Pentecôte. Nous avons intérêt à l’imiter et à la prier.

2-     Marie Mère du bon conseil

Ici je voudrais encore vous raconter une histoire :

Le vodoun a choisi une fille qui ne sait pas danser et qui n’a pas le rythme dans son corps. Le vodoun la sélectionne pour danser en sa personne. La maman de la fille, sentant venir la honte et la sanction, appela sa fille en chambre et se met à l’exercer à la danse. Elle lui dit : “Voilà que tu ne sais pas danser, malgré cela le vodoun t’a élue pour le manifester au public, quand tu entendras le tam-tam battre “to-to-to”, sois patiente et retiens-toi, mais quand tu entendras “agetigegna”, rentre dans la danse (“Hui ɖie ma sé gan a é, bo vodun wa sowe dokɔ nu mi, hun ɔ ɖo “to-to” hun xwé sɔ hwɛ, e “ɖ’agetigenya” hun din denu”).

C’est le rôle que la Vierge Marie veut jouer à nos côtés pour que nous pussions répondre convenablement à la volonté de Dieu qui nous élève. Nous avons intérêt à l’imiter dans nos relations à Dieu et la prier constamment. Elle est disposée, mais elle n’ira pas contre notre liberté.

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