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Méditation du Mardi 23 mars 2021

  • La pointe esquivée

J’esquive la pointe de la liturgie de la Parole de ce jour, qui indique, dans un rapport typologique le lien entre le serpent d’airain dressé par Moïse et la croix de Jésus. Je voudrais bien m’attarder sur ce cri déchirant que lance le peuple à Dieu et à Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter du pays d’Égypte ? » Cette question traduit une crise dans la relation avec Dieu. Mais comment après la célébration éclatante de la sortie d’Égypte vue comme un grand moment de libération, le peuple se met-il à s’opposer à Moïse et à Dieu jusqu’à s’interroger sur l’opportunité d’une telle libération : « Pourquoi nous avoir fait monter du pays d’Égypte ? » Cette question qui pourrait sonner en gamme d’ingratitude et de rébellion n’est pas rare dans le séjour au désert. Dans le contexte de la traversée du désert, symbolisant le lieu du combat spirituel par excellence, il est peut-être intéressant de réfléchir sur le circuit du mal et du péché en nous.

  1. Pourquoi ce cri ?

Le cri émerge dans les moments difficiles de manque d’eau et de lassitude devant le régime unique de la manne (Ex 15,24 ; 17,3/ Nb 21), de nostalgie provoquée par le souvenir des marmites de viande (Ex 16,2) et de la peur provoquée par l’information de la force des peuples autochtones (Nb14,2s) : manque ou lassitude (paresse-présent), nostalgie (mémoire-passé) et peur (imagination-futur).

Les causes des récriminations contre Moïse et Dieu, montrent les angles d’attaques ou les lieu de capitulation dans le combat: manque (présent), nostalgie (passé) et peur (futur).

  • Le piège du manque

La situation de manque évoquée aujourd’hui est en réalité une situation d’exaspération ou de lassitude devant une manne devenue insipide. Il n’avait donc pas faim, mais il ne voulait plus manger de la manne. L’ennui, la lassitude ou le manque sont des occasions de chute dans l’acédie, cette perte du désir d’avancer, et de combattre, un défaut de courage et un affaiblissement de la volonté.

  • Le piège de la nostalgie mémoire

Le souvenir des marmites de viande constitue un retour plus subtil de l’Égypte et de ses chaînes. Le passé autrefois rejeté devient brusquement beau, important et entraîne de façon assez violente. C’est la revanche de l’Égypte. Constater cette réalité peut nous pousser à réévaluer l’intégrité du présent. Le prêtre ou le séminariste, qui pour l’honneur et la sanctification des saints ordres avait décidé de s’émanciper de chaînes affectives, matérielles handicapantes et avec sincérité a commencé un bon combat. Mais il doit être conscient qu’il n’est pas à l’abri de nouvelles tentations, plus subtiles, plus violente. Il faut donc de la vigilance.

Mais il faut admettre une thérapie de la mémoire. Parfois, ce sont les souvenirs du passé qui handicapent l’appelé dans un don total, dans une charité sa calcul. Une mémoire trop épaisse qui n’est pas intimement soignée par la miséricorde du Seigneur, va paralyser le vivre-ensemble et la croissance spirituelle.

  • Le piège de la peur

La peur vient d’une représentation faite à propos des autochtones qui seraient plus vigoureux que les israélites. Avec une petite information, l’esprit fécond, capable de se faire des représentations monte des scénarios complexes où le malheur se trouve programmé.

Nous découvrons ici la force de l’imagination, souvent ignoré et pas suffisamment prise en compte. Et pourtant elle a une activité aux conséquences désastreuses. On devient un peu ce que l’on fait de cette faculté. La représentation que l’on se fait, les images que l’on ingurgite, les récits que l’on se fait dans ce sanctuaire secret et parfois de façon inconsciente affectent profondément notre corps et nous éloignent de Dieu. Dieu seul sait le nombre de péchés germés dans l’imagination, conçus dans les draps du fantasme qui finissent par accoucher le péché. Ce n’est pas pour rien que toute la tradition ascétique tient l’imagination comme l’instrument principal du malin qui avait déjà tenté le premier couple humain en lui faisant imaginer qu’il serait réellement Dieu. « Elle est comme un pont où passent les démons » (Saint Caliste et St Ignace Xanthopouli).

Pour assainir un peu de cette activité inconsciente mais violente de l’imagination, je voudrais vous proposer le 15ème degré de l’échelle sainte de Saint Jean Climaque. Souvent, nous surprenons le mal trop tard, quand il a fini de faire son chemin en nous. « Vois si le mal ne fait pas son chemin en moi » suppliait le psalmiste (Ps)

  • Démasquez le circuit du mal en nous.

Pour St Jean Climaque par contre, dans le 15ème degré de L’échelle Sainte le circuit du mal est le suivant :  

  1. la suggestion ou l’attaque (probolè) ;
  2. la liaison (syndyasmos) ou accueil et conversation avec la pensée 
  3. Le consentement (synkatathésis) ou l’acquiescement de l’âme accompagné de délectation ;
  4. La captivité (aikhmalôsia) ou l’entraînement violent et involontaire du cœur ;
  5. L’accomplissement (energeia) ou acte ;
  6. La passion (pathos) ou la répétition entraînant comme un accomplissement spontané et comme par affinité entre l’âme et ce mal.)

Connaître le mécanisme peut déjà constituer une arme dans le combat.

Père Pamphile LEGBA

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