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Homélie du Dimanche 24 Avril 2022-2ème Dim. Pâques/C (Ac 5, 12-16; Ps 117; Ap 1,9-11a.12-13.17-19; Jn 20,19-31)

Depuis l’an 2000, le deuxième dimanche de Pâques est traditionnellement appelé le dimanche de la Miséricorde divine. En étendant à l’Eglise Universelle cette pratique qui fut d’abord l’apanage de l’Eglise de Pologne, le saint Pape Jean Paul II  a voulu que tous les chrétiens prennent toujours davantage conscience du trésor inestimable qu’est la Miséricorde de Dieu  et qu’ils en profitent.

Dans les textes à l’origine de la fête de ce jour, Jésus se présente comme le Miséricordieux. Il promet en conséquence le pardon complet de leurs fautes et la remise des peines y afférant, aux personnes qui recourent à sa miséricorde. C’est donc à cette donnée de notre foi que nous éveille la célébration du deuxième dimanche pascal  qui nous rappelle également cet enseignement du Maître : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». (Luc 6, 36)  

Notre présente méditation se focalisera sur cette recommandation de Jésus que St Paul reprend dans la lettre aux Ephésiens quand il écrit : «  Soyez bons les uns pour les autres ; ayez du cœur ; pardonnez-vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ ». (Eph 4, 32) Comme on le voit, l’apôtre des gentils précède la recommandation du pardon mutuel de celle de la bonté du cœur car si cette dernière est effective, les situations requérant le pardon seront quasi inexistantes. C’est un peu comme s’il disait qu’en matière de pardon, il vaut mieux prévenir que guérir vu que pardonner est une entreprise difficile.

Il est vrai qu’il est plus facile de pardonner certaines offenses plutôt que d’autres ; il est plus facile à certains plutôt qu’à d’autres de pardonner mais le pardon reste une donnée globalement complexe. Même sa définition n’est pas aisée. Ne gagnons-nous donc pas finalement à privilégier la recommandation de Paul : « Soyez bons les uns pour les autres ; ayez du cœur » ? Si nous sommes tous bons les uns pour les autres, si nous avons tous bon cœur, nous ne serons pas amenés à devoir pardonner.

Seulement voilà : nous sommes des êtres de chair et malgré nos efforts, nous finissons toujours par engendrer des situations qui  requièrent le pardon. Par ailleurs, certains hommes adorent les situations de conflit. Il semble qu’ils  ne sont à leur aise que dans les atmosphères chauffés ou surchauffés, alors ils sèment l’inquiétude là où il y a la quiétude, ils provoquent l’incompréhension là où il y a la compréhension. Et il y a tous les amateurs de méchanceté systématique et gratuite qui se sentent forts, puissants et heureux quand ils font souffrir les autres.

De ce qui précède, se dégage une question. Si l’on peut concevoir qu’il faut consentir à se surpasser pour pardonner celui qui nous offense par faiblesse, inadvertance ou ignorance, pourquoi devrait-on pardonner une méchanceté gratuite ? La chose reste absurde, même en admettant que Dieu l’a fait, Lui qui nous a enseigné à être miséricordieux à sa suite.

Il faut avant tout répondre que la logique de la vengeance ne semble pas moins absurde que celle du pardon d’une méchanceté gratuite. Qui veut se venger d’un meurtre en commettant un meurtre, devient meurtrier à son tour. Il devient porteur du mal dénoncé chez le méchant. Que devient alors la règle d’or : « ne fait à personne ce que tu redoutes pour toi-même » ?

Par ailleurs, il a été démontré que dans de nombreux cas de vengeance, l’offensé a souvent l’impression qu’il n’est pas suffisamment vengé et il cherche mieux. Il multiplie les gestes offensants à l’égard de l’offenseur qui peut riposter, ouvrant la porte à un cercle infernal d’offenses/vengeances, menace, aussi bien pour la paix intérieure que celle extérieure. Un adage populaire dit d’ailleurs à cet effet : on sait quand commence une guerre, on ne peut jamais prévoir le temps de sa fin.

Frères et sœur en Christ,

Quand Dieu nous demande de pardonner, c’est moins pour le bonheur ou le bien de l’offenseur que pour notre propre bien. En choisissant la logique du pardon plutôt que celle de la vengeance, c’est à nous-mêmes que nous évitons la prison, l’enfermement et la menace de la paix que peut engendrer la vengeance.

Essayez de vous souvenir d’une situation où vous avez été offensé et avez choisi de vous venger : sans doute avez-vous sans cesse pensé à la personne qui vous a offensé et à son offense, vous mettant dans un état quasi permanent de remuement intérieur; votre esprit a été constamment occupé par la recherche des voies et moyens  pour rendre le coup ; sans vous en rendre compte, tout cela vous a peut-être épuisé  et vous vous êtes souvent sentis fatigué sans raison, vous avez eu du mal à vous concentrer, à travailler et même à prier. A qui avez-vous fait du mal à la fin ?

Les situations de conflits sont des situations de troubles. Les discours sur le pardon les comparent d’ailleurs souvent à des graines dans un bocal rempli d’eau : tant que le mélange est remué, l’eau sera troublée. Si l’on arrête de remuer l’eau dans le bocal, elle devient fluide parce que les grains, petit à petit, se posent au fond du récipient, permettant ainsi à l’eau de se stabiliser. C’est un peu ce qui se passe avec le pardon et la vengeance. Quand on décide de laisser tomber, les choses se calment plus tôt et plus facilement que si l’on prend l’option contraire.

Les propos tenus jusque-là peuvent laisser croire que pardonner, c’est simplement renoncer à se venger mais est-ce vraiment le cas ?

Il faut, d’entrée de jeu, affirmer que lorsque nous parlons de pardon, nous ne parlons pas d’oubli. « J’ai déjà oublié ce qui s’est passé » est l’une des expressions les plus courantes pour dire qu’on a pardonné  mais le pardon n’est pas l’oubli. En guise d’illustration, le pape Jean-Paul II, nous le savons, a pardonné à Ali Agça qui a tenté de l’assassiner mais je crois qu’il n’a jamais pu oublier qu’un jour, quelqu’un lui a tiré une balle dessus. De toute façon, la cicatrice de la blessure le lui rappellerait. C’est dire qu’on peut avoir pardonné tout en conservant le souvenir ou même la douleur du mal subi mais dans un cœur pacifié c’est-à-dire sans désir de vengeance ni haine contre l’offenseur.

Le pardon, dans le fonds, est un processus fait de plusieurs étapes. Aucun pardon authentique ne devient effectif du jour au lendemain. Il requiert un temps plus ou moins long selon les personnes et les événements, il requiert de la patience.

S’abstenir de se venger est le premier acte sur le chemin du pardon. Le second consiste à mettre un terme au geste offensant : si par exemple, vous confiez votre argent à quelqu’un qui ne vous le rend jamais, arrêtez de lui confier votre argent. Faites seulement en sorte que cela ne soit pas le signe d’un rejet de la personne mais le moyen de prévenir un mal. Si quelqu’un vous insulte chaque fois que vous vous  asseyez à côté de lui, arrêtez de vous asseoir à côté de lui. Faites seulement en sorte que ce ne soit pas le signe d’une mise en quarantaine de la personne mais le moyen de prévenir un mal plus grand car s’il vous insulte constamment, vous pouvez toujours lui pardonner mais il pourrait arriver un moment où vous n’en pourrez plus. Ce qui est affirmé là est d’ordre général et a besoin d’être davantage explicité mais le temps d’une homélie ne le permet malheureusement pas.

Pardonner ne veut pas dire faire comme si de rien n’était. Il faut reconnaître, accepter et affronter les problèmes qui se posent si l’on veut réellement arriver à pardonner. Pour y parvenir, on peut essayer de rentrer dans une logique de compréhension de l’offenseur : il a fait ceci parce que cela… N’est-ce pas ce qu’a fait Jésus sur la croix quand il s’écrie : Père, … ils ne savent pas ce qu’ils font ? On peut aussi essayer de voir le  côté positif d’une offense : une  trahison subie aujourd’hui peut aguerrir contre d’autres trahisons à l’avenir, évitant une plus grande souffrance. Ce sont là de simples suggestions stratégiques pour avancer sur le difficile chemin du pardon, pas à pas, avec patience, sans se décourager.

Au fond de nous nous-mêmes, nous pouvons nous dire : j’ai déjà plusieurs fois essayé, mais je n’arrive toujours pas à pardonner. Aucun problème à propos. Pas besoin de culpabiliser. Essayons encore. Continuons d’essayer. Prenons notre temps. Abstenons-nous de  poser un acte de vengeance et nous aurons fait un grand pas : la suite viendra peu à peu… Dieu connaît nos cœurs, il nous comprend… Il nous aidera. Il saura multiplier les petits pas que nous faisons chaque jour. Que sa grâce nous y accompagne !

Amen.

P. Samson AMOUSSOU

Commentaire (1)

  1. Répondre
    Mederick says:

    Amen

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