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Homélie du Dimanche 13 Mars 2022-2ème dim. Carême/C (Gn 15, 5-12. 17-18 ; Ph 3, 17-4, 1 ; Lc 9, 28b-36)

Bien-aimés de Dieu,

Nous sommes habitués à trois différents récits de la Transfiguration. Ils sont de la plume des évangiles synoptiques : Matthieu (17, 1-8), Marc (9, 2-8) et Luc. Nous sommes dans l’année liturgique C, et l’évangéliste le plus lu est Luc. La séquence de l’évangile de ce dimanche est lucanienne. Permettons-nous de nous intéresser d’abord à certaines dissemblances chez cet écrivain sacré par rapport aux deux autres.

Nous relevons que, contrairement à Matthieu et Marc qui ont introduit la Transfiguration en ces termes :

  • « Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière » pour Mt 17, 3 ;
  • « Et il fut transfiguré devant eux. Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » pour Mc 9, 2b-3 ;

Non seulement, Luc n’emploie pas le mot « transfiguré », mais le phénomène de transformation de l’aspect du visage de Jésus et de l’éclat de son vêtement, advint pendant que celui-ci priait. Or cette mention de prière ne figure pas chez les deux premiers synoptiques. Pour Luc donc, Jésus « gravit la montagne pour prier. Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante ». Luc 9, 28b-29.

Une autre différence à noter est la mention de gloire que nous ne retrouvons que chez Luc :

  • « Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire » Lc 9, 30-31b.
  • « Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés » Lc 9, 32.

Luc prend le temps de lever le voile progressivement sur la Transfiguration de Jésus, au lieu de l’affirmer dès le départ en un seul mot. Car « son visage devint autre » ne dit pas encore qu’il est transfiguré ; « Moïse et Élie, apparus dans la gloire » prête quelque peu à confusion. On peut penser à juste titre que ce sont seulement les deux qui sont auréolés de gloire. Mais avec « ils virent la gloire de Jésus », tout est clair et précis. Nous sommes en présence de la Transfiguration.

Abordons encore une autre différence, non seulement une mais deux : les trois témoins de la Transfiguration luttaient contre le sommeil qu’ils ont vaincu pour contempler la gloire de Jésus. De plus, c’est au moment où les deux anciens s’en allaient que Pierre put s’adresser à Jésus seul comme pour lui dire de ne pas laisser partir Moïse et Élie. Or dans les autres synoptiques, il n’est pas question de sommeil. Par ailleurs, Pierre a dû s’adresser à Jésus pendant que ce dernier échangeait avec Moïse et Élie.

Que pouvons-nous retenir ? La Transfiguration de Jésus annonce une réalité future qui ne sera pas seulement l’apanage de Jésus, mais de tout son corps mystique qu’est l’Église. La seconde Lecture en parle. Quand Moïse allait à la rencontre du Dieu d’Israël, seul son visage resplendissait et il était obligé de se voiler la face de retour au milieu du peuple. Au contraire, peuple de la nouvelle alliance peut contempler son Seigneur dans sa gloire et espérer, malgré les pesanteurs de ce monde, avoir part à celle-ci s’il suit le Christ dans la voie qu’il aura emprunté lui-même. Pour tenir dans l’imitation du Christ, l’Église, nouvel Israël doit tenir bon dans la prière qui est rencontre avec Dieu, moment où l’on s’ouvre à la volonté de Dieu et accueille sa grâce pour vaincre la tentation de s’opposer à Dieu. Les trois disciples, image de l’Église ont pu résister à la tentation de ne pas dormir pour voir la gloire de Jésus. Mais au mont des Oliviers (Lc 22, 39-46), encore une autre montagne, il n’arrive pas à dominer le sommeil afin de prier avec Jésus. Pourtant ils ont fait l’expérience que la gloire du Christ se manifeste dans l’intimité avec son Père, c’est-à-dire dans la prière.

Relevons une fois de plus une autre différence, celle-ci ne sera pas en comparaison avec les synoptiques, mais avec une conception de l’Ancien Testament. Il n’est pas permis à un humain de voir la gloire de Dieu sur cette terre et de continuer à vivre ici-bas. Souvenons-nous de la première lecture du 5e dimanche du temps ordinaire de cette année C : Is 6, 1-2a. 3-8, la vocation du prophète. Après avoir vu le Seigneur et la cour céleste chantant les louanges de Dieu, Isaïe s’écria : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » Is 6, 5. Bien avant le prophète Isaïe, Moïse et Élie dont il est question au cours de la Transfiguration que nous pouvons appelons également épiphanie, ont voulu voir Dieu. Mais ce qui leur a été concédé n’est qu’une vision de dos ou par le biais d’une brise légère.

Il est vrai que la nuée qui a couvert de son ombre les trois disciples ne les a pas laissés indifférents. Ils ont été saisis de frayeur. Ils n’ont pas eu peur de mourir. C’est l’aube des temps nouveaux où l’homme peut voir Dieu sans penser à mourir. Ce n’est pas pour autant que cela devient banal, loin de là ! Il y a toujours cette crainte de Dieu que cela doit inspirer. En ce temps de carême, réapprenons à découvrir le visage du Christ tout simplement dans celui du frère et de la sœur, du pauvre et faible, de celui qui a besoin de notre soutien.

Permettez que je puisse remarquer une ultime différence, je voulais intituler ma méditation, « La Transfiguration : le jeu des différences » :

  • Et, de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.    

Les propos de la voix ne sont pas les mêmes chez les synoptiques. Toutefois une constance subsiste chez tous : « écoutez-le ! ». Avec Matthieu et Marc, Jésus impose aux disciples de garder le silence au sujet de ce qu’ils viennent de vivre. Mais chez Luc, aucune injonction n’est donnée par Jésus. Pourtant « les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu ». Ils ont compris la recommandation de la voix. Écouter Jésus suppose de garder le silence, non un silence de mutisme ou de distraction, mais un silence méditatif et fervent pour se laisser instruire et transfigurer par Dieu et son Esprit. Ainsi à l’occasion de la fête des Tentes c’est-à-dire de la Pentecôte, les disciples pourront témoigner de ce qu’ils ont vécu avec Jésus, glorifié par son Père.

Bien-aimés de Dieu,

En ce 2e dimanche de Carême, notre effort de conversion sera de revisiter notre manière de prier. La prière est l’un des piliers de ce temps fort. Quel soin accordons-nous à celle-ci ? Grâce à la prière, nous tiendrons dans les épreuves, nous approfondirons notre manière d’écouter la Parole de Dieu, nous cultiverons notre vie intérieure pour une grande fécondité spirituelle. Par sa pédagogie que l’évangéliste Luc nous introduise petit à petit dans les mystères de Pâques pour avoir part à la gloire du Corps mystique du Christ !

Abbé Mériadec MEGNIGBETO, pss  

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