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Homélie du cinquième dimanche du temps pascal/ année C (Ac 14, 21b-27; Ps 144,8-9…; Ap 21, 1-5a; Jn 13,31-33a.34-35)

Bien-aimés frères et sœurs, chers amis,

Commençons par nous arrêter un moment pour reconsidérer la sollicitude pastorale des apôtres Paul et Barnabé dans la première lecture proclamée il y a quelques minutes. Paul et Barnabé avaient été choisis et envoyés par l’Esprit Saint pour la mission à laquelle ils étaient destinés (Ac 13,1-3). Et ils partirent aussitôt après la prière, le jeûne et l’imposition des mains de toute la communauté d’Antioche de Syrie. Les voici à présent sur le chemin du retour. Ils rendent visite à chaque communauté fondée au cours de leur mission (Lystres, Iconium, Antioche de Pisidie, Pamphylie, Pergé), affermissent « le courage des disciples » et les exhortent « à persévérer dans la foi ». Ils nomment à la tête de chaque Église des Anciens pour s’en occuper de près, prient, jeûnent avec eux, et les confient au Seigneur.

Remarquons alors que ce que recherchent Paul et Barnabé c’est d’asseoir définitivement les communautés de disciples qu’ils venaient d’engendrer. Le but de leur investissement pastoral est la croissance, l’affermissement des communautés qui viennent de naître. Il ne s’agit pas d’abord d’une croissance en nombre, mais en grâce, en témoignage, même en face des difficultés. Ils mettent à leur tête non pas des chefs pour les caporaliser, mais des serviteurs pour servir la cause de cette saine croissance des Églises. Tel est le rôle des Anciens, appelés à juste titre, en grec, presbyteroi ; ce qui est très proche de nous, de ce vous vous préparez à devenir.

Un tel souci pour les communautés, chers amis, est bel et bien porté par l’amour. Ce sont les textes eux-mêmes qui le disent. Les communautés fondées par Paul et Barnabé à Lystres, Iconium, Antioche de Pisidie, Pamphylie et Pergé sont appelées communautés de disciples. Nous lisons, en effet : « Ils affermissaient le courage des disciples ; les exhortaient à persévérer dans la foi… » ; on parle du courage des disciples. Et lorsqu’on dit disciples, il s’agit bien évidemment des disciples du Seigneur et non pas de Paul et Barnabé. Et au début du texte, la première partie du premier verset que nous n’avons pas lue aujourd’hui affirme que c’est « après avoir annoncé la Bonne Nouvelle […] et avoir fait d’assez nombreux disciples » que Paul et Barnabé affermirent leur courage. Leur prédication évangélique a donc produit beaucoup de disciples. Or, dans l’Évangile de ce matin, le Christ, en donnant à ses disciples le commandement nouveau de l’amour mutuel précisait : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres ». C’est donc à la manière dont nous sommes et faisons des disciples du Seigneur que se mesure notre amour pour Dieu et pour le prochain. Paul et Barnabé qui, par leur mission, ont suscité de nombreux disciples ont alors beaucoup aimé. Les communautés issues de leur engagement apostolique sont le fruit de leur amour pour Dieu, pour la mission et pour les hommes et femmes évangélisés. Leur sollicitude pastorale n’est rien moins que l’expression de leur grand amour.

Chers amis, nous sommes interpellés sur notre capacité d’être ou de faire des disciples pour le Christ, et donc sur notre sens de la communauté et de l’Église. Paul et Barnabé étaient tout enflammés pour la cause des Églises et des disciples. Et par là, ils montraient qu’ils étaient eux aussi fils de l’Église et disciples du Christ. Sommes-nous alors capables d’aimer comme eux qui, sans reculer devant aucune adversité, ont accepté au contraire d’être humiliés, insultés, voire lapidés à cause de la Bonne Nouvelle qu’ils prêchaient ? Ils ont ainsi aimé comme le Christ lui-même qui a aimé les siens jusqu’au bout (Jn 13,1), et témoigné qu’ils sont indéfectiblement ses disciples. Jésus, en effet, a aimé jusqu’à la trahison, jusqu’à la mort, comme le signifie le récit évangélique qui situe le commandement de l’amour après la sortie de Judas pour aller livrer son Maître. C’est absolument d’un tel amour que naissent les disciples et les communautés ecclésiales. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on saura que vous êtes mes disciples.

Cet amour profond et totalement inclusif dont Paul et Barnabé ont compris l’enjeu et la valeur conduit, en définitive, à la gloire. « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». Tel était le contenu de l’exhortation des apôtres Paul et Barnabé à l’endroit des disciples de Lystres, Iconium et Antioche de Pisidie. L’amour du Christ pour les siens jusqu’au don de sa vie a effectivement été couronné par sa résurrection d’entre les morts ; ce que nous célébrons depuis Pâques. Et c’est ce qu’il décrivait lui-même à la veille de sa mort, et que nous rapporte l’Évangile d’aujourd’hui : « Maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui ». Son amour extrême de l’homme l’a conduit à sa glorification divine. Semblablement, notre amour nous donne accès à la gloire du royaume de Dieu. C’est ce que développe notamment la page de l’Apocalypse entendue dans la deuxième lecture : la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle sera la récompense du serviteur fidèle.

En face des persécutions et des difficultés socio-économiques et existentielles auxquelles étaient confrontés ses lecteurs, l’auteur du livre de l’Apocalypse les exhortait surtout à la persévérance et à la fidélité à Celui qui siège sur le Trône et à l’Agneau. Et la récompense ultime que Dieu promet, à travers ses visions, c’est le ciel nouveau et la terre nouvelle, donc la création nouvelle autour de la Jérusalem nouvelle. Cette Jérusalem nouvelle est la présence immédiate et permanente de Dieu au milieu des siens. C’est la demeure de Dieu avec les hommes, surtout ceux qui lui seront restés fidèles, pour les consoler à jamais : « il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ». Si le Christ est glorifié après sa mort, le disciple fidèle sera, à son tour, admis à habiter à jamais la Jérusalem céleste, c’est-à-dire la présence définitive de Dieu. Pour avoir aimé, il sera aimé pour l’éternité.

Il n’est pas toujours aisé d’aimer, n’est-ce pas, chers amis, surtout lorsqu’on ne partage pas beaucoup de traits communs avec les autres. Il est encore bien moins aisé d’aimer son ennemi ; quelqu’un qui est capable de se lever de table, rompre visiblement la communion, pour aller vous livrer. Il n’est pas facile de vivre en communauté, à cause de la pluralité, des divergences, et même des oppositions dont elle est constitutive. Et pourtant c’est ce que le Christ nous demande et nous commande ; c’est ce qu’il a vécu lui-même. Les apôtres Paul et Barnabé, à sa suite, ont beaucoup aimé, de sorte que de leur amour ont pu germer et pousser plusieurs communautés ecclésiales. Cela leur a évidemment coûté un engagement pastoral conséquent, des humiliations et des lapidations. Mais, c’est par ces épreuves que l’accès au royaume de Dieu, à la Jérusalem nouvelle, s’ouvre à eux. Le Christ ressuscité n’offre donc pas une joie passagère. Toute la vie du missionnaire en est plutôt fortifiée et édifiée. Toute la vie du chrétien en est transformée et renforcée. En ce temps pascal, que le Christ ressuscité ouvre largement devant nous les chemins de son royaume et de la Jérusalem céleste, et consolide notre marche. Qu’il nous donne de nous aimer les uns les autres, en vérité, sans exception et sans hypocrisie. Qu’il aiguise et accroisse notre sens et notre conscience de l’exigence communautaire, essentielle à notre identité de disciple. Prions la Vierge Marie, modèle par excellence du disciple, de nous obtenir d’être chaque jour, à notre place et à notre mission, pour que continue de grandir l’Église du Christ. Prions-la spécialement pour nos évêques, pères et pasteurs de nos Églises diocésaines, en cette veille de leur session plénière ordinaire, afin qu’ils soient toujours animés d’une sollicitude pastorale enracinée dans le commandement nouveau, comme Paul et Barnabé. Amen !

P. GAMBADATOUN Fiacre

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