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Homélie du 2ème dimanche de Pâques / Année A (Ac 2, 42-47; Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24; 1 P 1, 3-9 ; )Jn 20, 19-31)

D’entrée de jeu, je voudrais souhaiter à chacun et à tous, bonne fête de la Divine Miséricorde. Puissions-nous profiter aujourd’hui de ce trésor que le Seigneur nous a révélé à travers une religieuse Polonaise, Sœur Faustine Kowalska, et pratiquer la miséricorde avec nos frères et sœurs. Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ! Ma méditation va plutôt s’intéresser à la mission.

« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie »

Ainsi parle Jésus ressuscité à ses apôtres, lorsqu’il leur apparaît pour la deuxième fois. Le discours est clair : Et Jésus et les apôtres sont des envoyés, embarqués dans une mission. Le Père envoie Jésus et lui à son tour envoie les apôtres. Pour notre méditation de ce matin, arrêtons-nous un peu sur ces propos de Jésus : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

          Dans la culture du Moyen Orient Ancien, un envoyé est un messager, mandaté par un souverain, pour accomplir, en son nom, une mission précise, auprès d’un autre souverain, d’une institution, d’une instance etc.

          Dans cette perspective, l’envoyé, sans être roi, représente pleinement le roi. Il parle, agit, non pas en son nom propre, mais au nom du roi qui l’a envoyé. Sa personne, son message et ses actes sont accueillis avec l’attention, le respect et les honneurs dus au roi.

          Dès lors, il nous est plus aisé de comprendre la figure de Jésus. Dans l’évangile de ce dimanche il se perçoit comme l’envoyé du Père. Et comme tel il le représente dans le monde. De ceci, Jésus est profondément convaincu. J’en veux pour preuve les propos suivants : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres » (Jn 14,10) ; « le Fils ne peut rien faire de lui-même, qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5,19) ; « je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6,38).

          Mieux qu’un discours, Jésus a vécu comme l’Ambassadeur du Père auprès de l’humanité et l’œuvre ultime qu’il réalise, c’est le Salut des humains, à travers sa Passion-Mort-Résurrection. Telle est la figure de Jésus, l’envoyé du Père.

          Par conséquent lorsqu’il dit : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie », il insinue que nous devons nous comporter exactement comme il s’est comporté à l’égard du Père. Concrètement, de par notre baptême, et mieux encore à travers nos diverses consécrations, nous représentons Jésus dans le monde. Pour cela, nous ne devons prononcer que ses paroles et vivre en conformité avec elles. Nous ne devons faire que sa volonté, nous ne devons accomplir que ses œuvres.

          Malheureusement nos propres convictions et idéologies, notre volonté, nos œuvres purement humaines, nos intérêts personnels prennent le pas sur la volonté du Seigneur. La présente célébration est une occasion privilégiée afin que chacun de nous réfléchisse pour voir là où il en est dans sa mission : « comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

          Mais l’accomplissement de cette mission exige une connaissance profonde des paroles, de la doctrine, de la volonté, de la personnalité de Jésus. Pour mieux transmettre Jésus à nos frères et sœurs, il faut l’avoir effectivement rencontré. Dans cette perspective, l’attitude de Thomas, dans l’évangile de ce jour, peut être interprété positivement. En effet, Thomas ne voulait pas se fier au témoignage des autres apôtres qui ont vu Jésus. Il tient à faire son expérience personnelle avec le Ressuscité pour mieux asseoir ses convictions.

          Certes nous avons reçu le message du Salut à travers l’Eglise qui nous a fait naître à la vie de Dieu, par le baptême, mais chacun doit grandir et murir dans la foi, en s’efforçant de faire une rencontre personnelle avec Jésus ressuscité, pour mieux le connaître, mieux l’aimer et mieux témoigner de lui auprès de hommes et des femmes de notre temps.

          Il me tient à cœur de souligner ici, dans l’accomplissement de la mission de Jésus, l’importance de son insertion dans le peuple juif, dans la culture juive. Pour transmettre les Paroles du Père aux Juifs, leur faire connaître sa volonté, ses œuvres, il est devenu Juif.

          C’est exactement l’attitude qu’il requiert de tout chrétien et pourquoi pas de toute âme consacrée. Jésus veut que, comme lui, nous nous entrions dans l’univers du peuple vers lequel il nous envoie en mission.

De même qu’il est devenu Juif pour faire comprendre aux Juifs, et partant, au monde entier, les desseins de Dieu, de même nous aussi, nous sommes invités à nous incarner dans le peuple où nous sommes envoyés en mission, devenir fils de ce peuple, pour lui révéler efficacement la vraie face de Dieu. C’est ce que j’ose appeler la « missiologie de l’incarnation ».

          Plus concrètement encore, cher fils séminaristes, je vous l’ai dit plusieurs fois, mais je le redis ici et le redirai encore : le ministère sacerdotal vous fait l’obligation d’être Fon avec les Fon, Baatonu avec les Baatonu, Yoruba avec les Yoruba, Dintamari avec les Dintamari etc.

C’est à ce prix que notre peuple pourra être évangélisé en profondeur. Tout autre attitude opposée à cette missiologie de l’incarnation, tout autre attitude, inspirée peut-être par le mépris ou un quelconque complexe, est contre-productive et contribue à disperser le peuple de Dieu. Le Seigneur fasse que jamais nous ne soyons protagonistes d’un tel désastre.

Le Père a envoyé Jésus nous sauver. A son tour, Jésus nous envoie témoigner dans le monde, du Salut qu’il a inauguré par sa Passion-mort-Résurrection. Chers amis, une seule chose compte : la volonté de celui qui nous envoie. Privilégions-la et le reste nous sera donné par surcroît (Mt 6,33).

Le Seigneur soit avec vous !

Père Raymond SOBAKIN, Recteur

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