aucun commentaire pour l'instant

La Revue La Voix de St-Gall

 « Un mal qui répand la terreur », Jean de LA FONTAINE lui-même ne l’aurait pas su mieux dire : la Covid-19, puisqu’il faut l’appeler par son nom, aura effectivement réussi à susciter peur et terreur sur toute l’étendue de la planète. Aussi a-t-elle fini par se faire compter parmi les plus célèbres pandémies de l’histoire de l’humanité.

Voilà d’ailleurs pourquoi, en plantant le décor de cette parution que nous avons choisi d’intituler « A l’épreuve de la Covid-19 », le professeur Dorothée KINDE-GAZARD, ex-ministre de la Santé Publique de notre pays, nous offre de mieux connaître cette nouvelle maladie, à partir d’une vue panoramique sur quelques grandes pandémies ayant marqué l’histoire des sociétés humaines. Et justement, face aux spécificités de la Covid-19, on finit bien par se le redire : l’enjeu est bel et bien de taille !

Mais aux grands maux, les grands remèdes, bien heureusement ! Devant le mal, ainsi que l’exprimait si bien le Cardinal SARAH, l’humanité non plus n’a pas tardé à se révolter. Les mesures présentées en termes de « ripostes » ne se sont pas fait attendre : distanciation, port obligatoire de masques, cordon sanitaire, confinement, etc. En un mot, face à l’enjeu de parer au danger et surtout, de préserver l’humanité, que d’initiatives, plus inventives les unes que les autres, n’ont-elles et ne continuent-elles pas d’être prises ? En cela, tous les acteurs à divers niveaux de la gestion de cette crise sanitaire sont à féliciter et le génie humain, à saluer. L’article que nous propose l’Ambassadeur à la retraite Théodore C. LOKO, en nous donnant un aperçu sur la gestion de cette pandémie dans le monde et au Bénin, nous aidera certainement à apprécier cette ingéniosité de l’Homme.

Mais en même temps, l’ex-diplomate du Bénin près le Vatican finit par attirer l’attention sur les inévitables exactions de ce génie lorsqu’au bout du compte, il n’intègre pas suffisamment et avec réalisme, principe de la dignité de la personne, limites de la liberté humaine et, disons-le tout court, recours à l’autorité divine. Telle est l’intuition fondamentale de ce premier tome dont le sous-titre est : « Gestion de la pandémie : entre génie de l’Homme et déni de Dieu ».

En vérité, loin de rester insensible à l’urgence du moment, celle de réussir à survivre face à la pandémie, la perspective de La Voix de St-Gall, en thématisant cette crise au dénouement encore imprévisible, se veut plutôt être écho d’une inquiétude, sinon d’une polémique théologique. Et de fait, dans la gestion de cette crise où, visiblement, seule la science semble pouvoir redonner espoir aux Hommes, a subtilement ressurgi la grande question de l’existence, sinon de l’utilité de Dieu et de la Religion. Le monde actuel a plus besoin de médecins que de prêtres, d’hôpitaux que d’églises, de laboratoires que de sacristies, aura-t-on quelques fois entendu caricaturer. Et même pour les plus croyants, l’espérance reste sérieusement éprouvée par l’apparent silence de Dieu.

Quoi qu’il en soit, pour ce qui est de notre pays, l’expérience de nos réalités culturelles nous convainc que nous ne saurions nous empêcher de recourir à Dieu en ces temps d’épreuves. C’est, du moins, l’essentiel de ce qu’on pourrait retenir des trois articles proposés entre les deux premiers ci-dessus mentionnés et qui, dans l’esprit de la ligne éditoriale propre au premier tome de nos parutions, nous offrent d’interroger quelques-unes de nos cultures. Pour le compte de cette parution, il s’est agi, dans un premier temps, de l’ancien Royaume du Danxomε, dont l’exploration historique nous est proposée par le Docteur Romuald MICHOZOUNOU, professeur d’histoire à l’UAC. Dans un second temps, viendront les aires culturelles Otammari et Tcha puis celles Mahi et Sawxε, dont les investigations nous furent respectivement faites par Augustin N’DINA et Camèle CODJO d’une part, Dieudonné EYIYE et Mozart HOUNKPEVI, d’autre part. D’une manière ou d’une autre, ils nous rappellent qu’en dépit de tous les efforts assez louables pour affronter la pandémie, les horizons de notre condition humaine restent limités tant que celle-ci ne s’ouvre pas à la transcendance de Dieu.

Et d’ailleurs, puisqu’au fond, déni de Dieu ne va presque jamais sans déni de l’Homme, la gestion de cette crise n’aura pas manqué de faire ressortir l’inévitable question de la dignité humaine. Or, évoquer ce sujet au cœur de la gestion de cette pandémie, c’est ouvrir tout un vaste champ de réflexions aux ramifications multiples. Ainsi, d’un point de vue géopolitique par exemple, Melchior TCHABOSSOU, étudiant en Sciences Politiques, nous propose un décryptage de la question à travers quelques grandes « théories du complot » ayant plané autour des origines du virus. D’un point de vue bioéthique par contre, c’est l’expertise et l’expérience des Pères Désiré ATTONDE et Achille LANVIWANOU, respectivement Médecin, Directeur de l’hôpital Saint Luc de Cotonou et Aumônier des hôpitaux dans l’archidiocèse de Cotonou, qui nous aident à sonder quelques problèmes éthiques liés à la gestion de cette pandémie par le système sanitaire mondial.

Des questions, on pourrait toujours continuer à s’en poser. Mais au final, subsiste toujours la problématique de l’opportunité, sinon de l’efficacité de Dieu et de la Religion. La Covid-19 serait-elle finalement une victoire de la Science sur la Religion ? Cette question, Constantin DAHOUNSA et Romaric AMITON, dans l’ultime article de cette série, se la sont plus explicitement posée pour nous.

Et la réponse qui s’en dégage reste que Science et Religion se complètent, telles les deux ailes qui permettront à l’Homme de s’envoler vers la plénitude du salut. Mais en attendant les issues de cette crise qui, quoique semant peur et terreur, finit par se cristalliser dans l’histoire, prenons garde à ne jamais mettre Dieu de côté. Ce serait une grave erreur ; un leurre ! Et il pourrait même en résulter une pandémie encore plus dangereuse que celle de l’heure. Car, et le concile Vatican II l’aura su bien dire, elle ne tarde jamais à s’évanouir, la créature qui ose penser pouvoir s’épanouir sans le Créateur. 

    Mahougnon Ariel ACACHA

   Directeur de La Voix de St-Gall

Poster un commentaire